La nourriture fraîche et saine de l'été

La mi-juin marque toujours le début de ma période préférée, celle de la saison des récoltes. Là où j'habite en Alberta, au Canada, vous ne pouvez vraiment compter sur des produits frais et locaux que pendant cette courte période. Le reste de l'année, les produits arrivent d'endroits plus chauds comme le Chili, évidemment après avoir pris un bain de produits chimiques pour les faire tenir pendant ce si long voyage. Inutile de dire que les options bio sont extrêmement limitées en hiver ici.

Mais pendant ces quatre mois, le paysage autour de moi se transforme en une fête délicieuse, comme il le fait tout au long de l'été et de l'automne à travers le monde. Entre les petites aventures locales à la recherche de nourriture, le marché de producteurs, mon ASC bi-hebdomadaire (agriculture soutenue par la communauté, notre AMAP ici en Alberta), et mon propre jardin, je mets à peine les pieds dans une épicerie conventionnelle, et ce jusque fin septembre.

L'accès à tous ces produits locaux crée en moi une intense sensation de nourrir et de guérir mon corps. Exempts des temps (longs) de transport et des processus de transformation industrielle requis pour les produits d'épicerie, les aliments que je mange à cette période de l'année sont sans aucun doute plus sains, et ont un impact environnemental beaucoup plus faible.

Loin des produits hors saison et transformés

Lorsque je m'arrête pour réfléchir à la guérison apportée par cette saison, je me désole de constater que cette période de nourriture saine, durable, et abordable, soit si courte. Ces caractéristiques, qui faisaient autrefois partie intégrante de notre nourriture, ont lentement disparu de la majorité de notre système alimentaire. Les priorités de la production à l'échelle industrielle et la mise en place d'une alimentation intensive en viande ont pris le dessus. La triste réalité est que ces changements de notre système alimentaire ont été justifiés et normalisés, dans la mesure où très peu de personnes remettent en question l'efficacité et la santé du système alimentaire actuel. Tant que les produits sont disponibles sur nos étals, c'est suffisant, non? Mais cet état d'esprit, dont tant d'entre nous sommes coupables, fait abstraction de ce que nous y avons perdu. Comment nous sommes-nous donc tellement éloignés de notre nourriture ?

Photo de Damla Özkan

Ce que l'industrialisation a fait de notre relation à l'alimentation

Historiquement, produire de la nourriture était un travail à temps plein pour la plupart des gens. La cueillette, la préparation, le stockage et la consommation de biens alimentaires consommaient l'énergie de tous, sauf des individus les plus riches. Dans toutes les cultures, à quelques exceptions près, le rôle de préparer ce qu'un ménage mangeait un jour donné, incombait aux femmes. Que les partenaires masculins participent ou non à la culture ou à la collecte de la nourriture, il incombe toujours aux femmes de compiler les ressources alimentaires du ménage en un repas équilibré. Alors que le monde commençait à s'industrialiser et que des quantités excédentaires de nourriture pouvaient être produites pour la vente, une partie de la population pouvait détourner son attention de la production de nourriture, et moins se soucier de leur sécurité alimentaire immédiate. Les gens on alors pu plutôt consacrer du temps et de l'énergie à d'autres activités et professions. Ces changements n'ont cependant pas changé la relation que les femmes avaient à la nourriture, car dans la majorité des ménages occidentaux, ce sont toujours elles qui sont responsables de l'alimentation familiale. Mais ce qui a changé depuis le début de l'ère industrielle, ce sont les liens entre les femmes, une alimentation saine et une planète saine.

Photo de Kenan Kitchen
Photo de Tina Dawson

Mais comment c'était avant?

Avant l'industrialisation, la majorité de la population des pays occidentaux était rurale. La plupart des gens produisait leur propre nourriture ou l'achetait sur un marché de producteurs. Les familles comptaient sur les femmes du ménage pour s'assurer des stocks de nourriture suffisants pour passer l'hiver, de la même manière, l'humanité comptait sur les terres locales pour lui fournir tout ce dont elle avait besoin pour survivre. L'absence de technologie appropriée - comme par exemple les transports rapides et réfrigérés, signifiait que la nourriture ne pouvait pas voyager sur de grandes distances. Il n'y avait pas de pesticides ou d'herbicides pour assurer un rendement élevé, mais plutôt, il fallait se fier à la santé de la terre et à ses connaissances personnelles pour s'assurer que suffisamment de nourriture pouvait être cultivée pour permettre à la famille de passer l'hiver. Bien que je ne compte pas romancer ce qui était une réalité très dure et cruelle, je tiens à souligner que chaque mère savait d'où provenait la nourriture qu'elle mettait dans la bouche de chaque membre de sa famille.

Photo de Markus Spiske

Vers une relation bienveillante et en conscience avec la Terre qui nous nourrit

Avance rapide vers les temps modernes où notre système alimentaire est tout sauf transparent et responsable. Comment le ménage moyen peut-il naviguer dans le système et s'assurer que ce qu'il consomme ne va pas seulement le nourrir lui, mais aussi la terre sur laquelle cela a été cultivé? La vérité est que c'est difficile, mais ce n'est pas entièrement impossible. L'une des options évidentes est de cultiver sa propre nourriture, bien que les limitations d'accès à la terre et le temps libre suffisant puissent constituer des obstacles importants pour de nombreuses personnes. D'autres options significatives incluent le soutien aux producteurs locaux et durables. Apprenez à connaître les agriculteurs locaux qui cultivent vos aliments. Interrogez-les sur leurs pratiques et assurez-vous que leurs valeurs s'alignent sur les vôtres, discutez avec eux de l'utilisation de variétés traditionnelles locales et paysannes, ou bien encore de la culture de plantes complémentaires, etc. Une autre option importante, qui a lentement gagné du terrain, est l'exploration de nouvelles options culinaires qui ont des impacts environnementaux plus faibles, comme la réduction de la consommation de viande et de produits laitiers. Il y a tellement de ressources incroyables pour cuisiner à base de plantes, vous pouvez être certain.e que vous ne sècherez pas sur le menu du Lundi vert (jour sans viande).

Photo de couverture: Gaelle Marcel